Sauvegarde du Patrimoine de Joinville


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En 2017 Joinville célèbrera le VIIe centenaire de Jean de Joinville (1224 - 1317)

Aux origines de Germisay :

.........Plusieurs questions viennent d'être soulevées au sujet des origines de ce village du haut Pays.


.........Aucune découverte archéologique d'importance n'a été signalée dans les communes limitrophes, sauf une nécropole mérovingienne à Lezéville. Le lieu-dit "Castillon" sur une butte d'une trentaine de mètres (cadastre de 1836) au-dessus du village de Germisay pourrait indiquer une enceinte comme sur l'éperon barré du même nom à Chevillon, ou du "Châtelet" à Poissons. Une voie romaine allait de Langres à Naix, via Reynel, Epizon, Germisay, Germay, Lezéville, et Cirfontaines-en-Ornois. Dans ce village Félix Liénard avait pratiqué avant 1881 une coupe qui lui avait trouvé une largeur de 5 mètres. Sur le territoire actuel de Germisay un chemin de raccordement menait à Grand.


.........En 1178 Viard de Gondrecourt indiquait que cet axe était encore utilisé : "une voie antique tend vers... Jarmaium [Germay]… Lezéville… Cirfontaines".
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65609413/f448.item.r=GERMISeY.zoom


.........Le nom de "Germay", apparaît dans les textes en 1050 (puis en 1106) sous le nom "Germaium", qui dérive de "Germiacum" : le domaine sans doute d'un certain Germus, nom gallo-romain. Il est plus ancien (Comme Sailly ou Pancey) que les noms en -court et en -ville, qui sont postérieurs aux invasions germaniques.

..........Germay a dû étre l'une des "grandes paroisses" originelles, au territoire important qui englobait celui de Germisay et de Bressoncourt, dont les églises sont longtemps restées simples succursales.


Sainte-Croix et Germisay
.........En 1259 Thibaut V comte de Champagne, donna à Jean de Joinville tout ce qu'il possédait à Germay, en "augment[tation] de fief". Ce territoire se trouvait à la limite de du comté de Champagne. Il était limitrophe du territoire de Grand en Lorraine (duché de l'Empire Germanique). La frontière politique subsista jusqu'en 1766.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5724394k/f84.item.r=Germay%20charte-de-franchises%20jean-de-joinville%20philologique.zoom

.........
En 1856 Emile Jolibois ("La Haute Marne…", p.230) indiquait à propos de Germisay : "On prétend que Jean de Joinville avait projeté d'en faire un gros bourg et qu'il lui avait d'abord donné le nom de Sainte-Croix qui est resté à une fontaine du village".

.........C'est exact, sauf qu'il ne s'agissait pas d'un gros bourg mais d'un village ("neuve vile"). L'information se trouve dans la copie de 1610 (A.N. P773) d'un accord conclu en 1264 entre Jean de Joinville avec le monastère Saint-Mansuy de Toul.
http://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1884_num_45_1_447258
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k12420c/f656.item.r=Germay%20charte-de-franchises%20bull%20philologique.zoom

........."Moi et l'abbé nous sommes accordés que nous devons faire une neuve ville au finage [territoire] de Jermay qui aurait nom Sainte-Croix et les rentes de cette ville… seront parties [divisées] par moitié" Les deux parties nommeront des sergents qui perçoivent les amendes et il est mentionné un "maiour" (maire).





.........Jean de Joinville, auteur d'un commentaire du Credo, s'arrête longuement sur l'article "Et fut crucifié et mort".


Miniature du Credo de Jean





.........
Deux ans après "Jarmisel" apparaît pour la première fois dans une convention d'arbitrage entre Jean de Joinville et l'abbaye de Saint-Urbain, qui règle un grand nombre de litiges.

"au bois de Jarmai où ceux [les religieux et leurs bûcherons] de Saint-Urbain ont de cinq verges les deux [2/5èmes de cet espace boisé]…

... et que
ceux de Jarmisel ni d'autre viles [villages] n'y aient usages" [= droits d'usage : affouages, pacage du bétail…]

Le "Bois de Germay" existe toujours à l'est du territoire de cette commune.


.........Il ne s'agit pas de deux villages différents, Sainte-Croix est l'ancien nom de Germisay, car :

- La carte IGN indique un "Bois de Sainte Croix" sur le territoire communal de Germisey

- La seule charte qui indique le nom de "Sainte Croix" (lors de sa création en 1264) mentionne tous les autres villages proches sauf Jarmisel, dont le nom n'apparaît que deux ans plus tard.

- Surtout, on trouve en 1575 la mention "Germisey-Sainte-Croix"
(Archives nationales P 189, n° 1585)

.........Que peut-on en déduire ?

En 1264 Jean de Joinville et le monastère Saint-Mansuy de Toul fondèrent un village nouveau, qu'ils baptisèrent "Sainte-Croix" pour s'en partager les revenus. A peine deux ans après le village était appelé couramment "Jarmisel", diminutif de "Jarmay". C'est ce que pense G. TAVERDET ("Les noms de lieux de la Haute-Marne" 1986, p. 26) même s'il ne connaît pas le texte de 1266.

.........On passa de la prononciation "Jarmisel" (1266) à "Germisel" en 1401 (Archives nationales P 189, n° 1588) et à "Germisey" en 1576.

Pour le village voisin de Germay, "Germaium" donne la prononciation ancienne en "Ger-", qui fut prononcé "Jar-" de 1140 à 1264, puis il fut prononcé des deux manières jusqu'en 1339, date à laquelle on revint définitivement à "Ger-".

.........Germay reçut une première charte de franchises de Jean (1259) puis une autre d'André de Joinville, sire de Beaupré (1324).
gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5724394k/f83.image.r=Germay%20charte-de-franchises%20jean-de-joinville%20philologique


Un nouveau village

.........Germisay fut un "nouveau village" ("neuve ville" ou "neuville"), un village-rue, situé dans "la Neuve Val" ("La Neuve Vaux" cadastre de 1836) à une époque ou le mot "val" était encore féminin comme en latin (autres exemples : laval, bonneval).

.........Le village voisin s'appelle Laneuville-au-bois. On connaît aussi le cas de la fondation de Ferrières par Jean de Joinville en 1267, et de Monthoil en 1307 (localité difficile à localiser, et qui fut un échec). Une amélioration climatique, suivie d'un boom démographique poussait à mettre en culture de nouvelles terres. Germay devait posséder des superficies incultes, sans doute une grande forêt sur le territoire actuel de Germisay. Au départ, "ces solitudes boisées avaient mauvaise réputation et l'on savait que le sol y était lourd et humide, aussi les villages riverains se contentaient-ils de rogner leurs bordures. Pour s'y aventurer plus avant, il fallait une âme de pionnier. Surtout ces déserts ne pouvaient être conquis par des hommes isolés... Ce sont donc des déracinés, les "hôtes", groupés pour l'aventure qui formèrent des équipes pour domestiquer la nature rebelle et établir leurs demeures à la place des arbres" (FOURQUIN (G.) Histoire économique de l'Occident médiéval, A. Colin, 1971, p.146).


Essartage au long d'un chemin

.........Les défrichements résultèrent de plusieurs facteurs d'expansion économique : une poussée démographique, un meilleur outillage lié à la production métallurgique, le recours au cheval et non plus seulement au bœuf. La croissance de Joinville et les défrichements s'épaulèrent en effet mutuellement.

.........Le développement de Joinville exigea un approvisionnement plus régulier. Et on peut deviner que l'augmentation de la production agricole anima d'autant le son marché et que le peuplement des nouveaux villages augmenta le nombre de ses clients. Ces mutations ne durent pas être étrangères aux motivations profondes de la dynastie seigneuriale en ce domaine. Ces défrichements des campagnes environnantes, par les surplus commercialisables, ne pouvaient que favoriser l'essor de Joinville et le développement de ses fonctions non agricoles : artisanat, services Et l'expansion des villes médiévales, liée à une révolution démographique, s'explique certes par la paix et la sécurité, mais aussi par ces intenses défrichements qui se développèrent jusqu'à à la seconde moitié du XIIIe s.

.........En 1266 il fut interdit aux habitants de Jarmisel d'utiliser le bois de Germay, au détriment du monastère de Saint-Urbain. C'est sans doute le signe que le village s'était peuplé et qu'il cherchait des ressources supplémentaires…

.........Puis, avec le début du XIVe s. les défrichements s'arrêtèrent : outre le renversement climatique, les meilleures terres avaient été mises en culture et il s'agissait désormais de ne plus trop réduire les ressources forestières.


L'ancienne église

.........Il est probable qu'une église fut édifiée dès la fin du XIIIe s. Elle fut succursale de celle de Germay jusqu'au concordat de 1801, puis de celle d'Epizon jusqu'en 1865, date à laquelle elle devint église paroissiale. Toutefois on tenait des registres paroissiaux à Germisay, au moins depuis 1678.

https://books.google.fr/books?id=0Za1AAAAMAAJ&printsec=frontcover&dq=Roussel+dioc%C3%A8se+tome-II&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiH4v3h7azMAhWJuBoKHSyJBREQ6AEIHTAA#v=onepage&q=566&f=false


.........Or le premier cadastre de Germisay, dit "napoléonien", de 1836 représente l'église avant sa démolition vers 1860. Elle possédait une nef de trois travées, un chœur profond de trois travées inégales. Chaque travée étant garnie de contreforts. Le clocher était en façade. Comme elle était moins étendue que l'actuelle, elle était entourée par le cimetière sur trois côtés.


http://archives.haute-marne.fr/ead.html?id=FRAD052_000003p22#!{"content":["FRAD052_000003p22_tt1-107",false,""]}

La sainte couronne de Paris

Un certain Germinet

.........E. Jolibois à la page 230 indique "médecin du roi S. Louis, né à Langres, il obtint de ce prince une épine de la sainte couronne [d'épines, de Paris] et en fit don à la cathédrale", en 1249. Ce Germinet aurait-il été originaire de Germisay, et, comme médecin aurait-il introduit en ce village le culte des saints guérisseurs Côme et Damien ?
C'était ingénieux, on l'a cru, mais on a eu tort…

........
A la fin du XVe s. une certaine Bonne de Germinet offrit à la cathédrale de Langres un reliquaire pour cette épine (fondu à la Révolution). A cette époque, c'est elle qui a dû répandre l'histoire du don de l'épine par saint Louis à l'un de ses ancêtres. Cette origine n'est couchée sur le papier qu'au XVIIe s. par un chanoine de Langres, Antoine Thibaut.

.........Même si quelqu'un portait le nom de "Germinet" en 1249, à cette époque Sainte Croix-Jarmisel n'avait pas encore été fondé ! Comme porter le nom d'un village qui ne devait apparaître que 15 ans plus tard ? Il n'y a aucune relation entre ces deux noms. Germinet est signalé comme un nom de famille (que l'on rencontre aujourd'hui encore dans la Marne et dans l'Indre) diminutif du prénom "Germain", comme Pierret, Jacquet, Nicolet... (M.-T. MORLET "Dictionnaire étymologique des noms de famille").

.........Par ailleurs, si rien n'interdit de penser que ce Germinet a bien été médecin, Pierre Dor, Docteur en Histoire de l'Art, dans un ouvrage de 2013 intitulé "Les épines de la sainte Couronne…" lui dénie la qualité de médecin de saint Louis. "Aucun document antérieur au XVIIe siècle ne mentionne Germinet comme médecin de saint Louis. De plus il faut noter que tous les médecins répertoriés de saint Louis étaient des ecclésiastiques. Il n'est guère vraisemblable que saint Louis ait confié sa santé à un laïc". Or l'auteur ajoute que Germinet n'était pas un ecclésiastique puisqu'il a eu une descendance, c'est elle qui, au XVe siècle, a dû créer cette pieuse légende autour des origines de la sainte épine.
https://books.google.fr/books?id=d0r2CwAAQBAJ&pg=PT264&lpg=PT264&dq=m%C3%A9decin+saint-louis+germinet&source=bl&ots=1e-6kUjIlI&sig=tnO_VhGwYttxPmOES0g9sj_d9Ao&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiBr6jqjafMAhWJcBoKHQlXBCIQ6AEIHDAA#v=onepage&q=m%C3%A9decin%20saint-louis%20germinet&f=f

De la Sainte Croix à Côme et Damien

.........Il est probable que la première église a été dédiée à la Sainte-Croix. Comment expliquer et dater l'arrivée du culte de Côme et Damien ?

.........P. Corbet (Université de Nancy, "Statuaire médiévale et Renaissance… Vol. IV Cantons de Poissons et Doulaincourt, p.26) a montré que le centre de rayonnement de cette dévotion était l'église des comtes de Vaudémont à Vèzelise (Meurthe et Moselle). Ils se placèrent sous le patronage des deux frères médecins leur faisant consacrer la nouvelle église de Vézelise, dont la première pierre fut posée par Ferry II comte de Vaudémont et baron de Joinville dans la première moitié du XVe s. (P. Corbet, p.61). Ce culte s'est alors étendu à toute la Lorraine et jusqu'en Alsace. Rien de surprenant à cela : Germisay était en France, mais faisait partie de l'évéché de Toul jusqu'au concordat de 1801.

Côme et Damien, église de Vézelise.

.........De plus, Germisay appartenait à la seigneurie de Joinville qui était passée en 1392 sous l'autorité des comtes de Vaudémont (Marguerite de Joinville, dernière du nom avait épousé cette année-là Ferry Ier de Lorraine, comte de Vaudémont). On peut rapprocher le début de la construction de l'église de Vézelise de la réalisation du retable de Germisay, un demi-siècle plus tard. Il est fort probable que Henri de Lorraine, chanoine de Toul puis évêque de Metz (mort en 1505) ou son frère René (mort en 1508) ont influencé ce changement de vocable, peut-être en contribuant à la réfection de la première église.

.........On retrouve ensuite Côme et Damien sur le bas-relief de l'Assomption de Poissons en 1616 (ci-contre).

Sur ce culte en Lorraine :
http://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_1968_num_56_196_7734_t1_0059_0000_4


Le groupe sculpté

.........Un article de G. Dillermann le datait du XVIe s. il l'attribuait à un bâton de procession.
http://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_1970_num_58_205_9145

.........Mais en 2008, Patrick Corbet , a étudié ce groupe, qu'il a daté du début du XVIe s. Il y voit plutôt un élément de retable (p. 61 à 63).

.........La mode semble celle des environs de 1500 (1495 à 1515), époque à laquelle, justement, Henri et René de Lorraine étaient à la tête de la baronnie de Joinville.


ffffffffffffffff


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